Quand confort rime avec grand air
- Pascale Stehlin

- 6 nov. 2025
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 9 nov. 2025

Si pour certains hiver rime avec ski, d’autres activités permettent de profiter de la saison froide. Et pourquoi pas une balade en traineau dans un décor immaculé? Reportage dans les Franches-Montagnes.
«Bienvenue dans le Grand Nord jurassien», lance Anouk Duflon pour m’accueillir aux Bois, dans les Franches-Montagnes. Dans sa ferme isolée, cette Vaudoise d’origine vit avec une des plus grandes meutes d’huskies de Suisse. Entourée de ses 40 chiens, elle fait découvrir sa passion aux personnes intéressées et m’accompagne pour mon baptême de mushing. La neige tant attendue est au rendez-vous et après quelques exercices d’initiation, nous préparons l’attelage. Le choix des chiens est très important et Anouk a dessiné son plan comme à chaque sortie. A l’arrière, elle place Tarzan et Vaillant qui, grâce à leur puissance, auront pour mission de nous tracter. C’est pourquoi ils sont placés tout proches du traineau, qui pèse une vingtaine de kilos. Ensuite, la musher met les harnais à Sunshine, Sirius, Gipsy et Kosmos. Les chiens aboient et sautent, tellement impatients de courir dans la neige. Deux options, deux perspectives différentes: passagère ou musher. Anouk a choisi Nevada comme chien de tête: «C’est en quelque sorte le volant et c’est à lui que je communique les directions et le rythme.» A côté de Nevada, Nanak a elle un rôle d’accélérateur grâce à son explosivité, que je ne tarderai pas à découvrir. Pour un premier tour de chauffe, je m’assieds dans le traineau et la musher se place sur les patins, mains sur le guidon. Elle lance un «Ah» puissant et déterminé pour donner le départ. Les huskies de Sibérie ne se font pas prier et s’élancent sur la neige. Installée à leur hauteur, j’admire leur force et la fluidité de leur course. Notre attelage fend l’air et la poudreuse fouette nos visages. Je vois défiler les étendues enneigées, grisée par la vitesse, avec cette sensation de partir à la conquête de terres inhabitées. Anouck pose les deux pieds sur le frein et arrête la meute pour que je prenne à mon tour les commandes. Les pieds bien ancrés sur les patins, près de 12 mètres me séparent du chien de tête. Je lance le départ d’un «Ah» empreint de fierté. Les chiens repartent à vive allure. Comme me l’a expliqué Anouk précédemment, il est primordial de garder la ligne de trait centrale toujours tendue, pour éviter que les canidés s’y emmêlent les pattes et se blessent. Il faut donc doser et freiner lorsque le traineau prend trop de vitesse. Je dois maintenant négocier mon premier virage. Je bascule mon corps sur la droite en pliant la jambe pour transférer mon poids. Les chiens, très bien dressés, ressentent immédiatement cette impulsion et contournent les sapins. Nous amorçons alors une descente à 30 km/heure. Nanak accélère et semble galoper. Nous glissons dans ce rêve blanc, rythmé par le souffle des huskies et le craquement de la neige.
Souplesse et réactivité nécessaires
Je reste concentrée puisque Anouk m’avertit que nous allons traverser un passage en devers: «Mets ton pied droit sur le patin gauche. Et sers-toi de ta jambe gauche, qui est désormais dans le vide pour freiner si besoin.» , me coache Anouk. Je m’exécute et suis désormais sur une seule jambe, ce qui demande quelques réglages d’équilibre mais permet d’éviter un basculement du traineau dans la pente. Heureuse d’avoir franchi ce passage technique sans chuter, je dois sauter du traineau pour aider les chiens dans la montée. Ils tirent de toute leur force. «C’est très bien.» lance notre instructrice pour encourager tant la meute que moi. Après quelques poussées, je peux replacer mes deux pieds sur les patins pour glisser sur un sentier plus plat. L’énergie des chiens m’envahit et je suis happée par leur mouvement vers l’avant. «C’est un retour à l’état sauvage» me décrit Anouk et ses mots prennent tout leur sens alors qu’un décor immaculé défile devant nous.
Avec ou sans neige
Au sortir de la forêt, on aperçoit au loin les lumières de la ferme, qui nous ramènent à la réalité. Pour marquer l’arrêt définitif, je pose les deux pieds sur le frein. Comme on immobilise une embarcation, le traineau a lui aussi une ancre qu’il faut placer dans le sol pour éviter que les chiens partent seuls à l’aventure. Anouk connaît le nom de tous ses chiens et les félicite un à un en les détachant. Très affectueux et pas avares en matière de câlins, ils ne sont pas pressés de rejoindre leur parc mais finissent par s’y résoudre. Quant à nous, nous dégustons un thé pour nous réchauffer dans le tipi aménagé aux abords de la ferme. Anouck m’explique qu’en plus des balades en traîneau, elle propose des sorties en kart norvégien. « Le kart est tiré par les huskies. Cette alternative permet de s’adapter à nos hivers capricieux et de dessiner un large sourire sur le visage des participants.»
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