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Sur le chemin de la châtaigne

  • Photo du rédacteur: Pascale Stehlin
    Pascale Stehlin
  • 9 nov. 2025
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : 12 nov. 2025


Sous un châtaigner millénaire
Sous un châtaigner millénaire

Dans le Haut Malcantone au Tessin, le sentier

du châtaignier offre une balade agréable et instructive

sur les traces de ce fruit particulier. A vos paniers.


Texte et photos: Pascale Stehlin


Quand vient l’automne, la châtaigne se rappelle à notre bon souvenir. Son agréable odeur grillée envahit nos rues, nous invitant à en acheter un cornet bien chaud. Sa saveur sucrée adoucit quelque peu la grisaille de cette saison.


Pour partir à sa découverte, le Haut Mal-cantone est une destination idéale car ses forêts comptent de nombreux châtaigniers. Un sentier thématique y a été mis en place et peut s’effectuer en boucle dans son entier, soit une quinzaine de kilomètres. Mais la partie la plus intéressante est sans nul doute celle qui mène d’Arosio à Vezio.

 

Pour être certaine de ramasser quelques châtaignes, j’ai choisi le début du mois d’octobre pour cette randonnée à but gustatif. Après avoir quitté le village d’Arosio, logé à 859 mètres d’altitude, je suis les flèches jaunes qui ont été déco-rées d’une châtaigne pour l’occasion. Une quinzaine de minutes plus tard, j’aperçois déjà le premier châtaignier. Son tronc tortueux se dresse sur le sol jonché par ses premières feuilles mortes, reconnaissables à leur forme de lance. Je commence à regarder par terre, mon panier à la main. Une bogue ouverte et un fruit couleur marron signifient que la châtaigne est mûre. Chaque coque contient jusqu’à 3 fruits alors que le marronnier n’en contient qu’un. J’enfile des gants afin de ne pas me piquer en extirpant les graines brunes. Mon panier se remplissant peu à peu, je poursuis ma marche et traverse un pont enjambant la rivière Maglasina. Plus loin, une allée bordée d’arbres me semble tout droit sortie d’un conte, tant les châtaigniers, perçant le ciel, rivalisent d’ancienneté. La quiétude est uniquement troublée par le bruit d’une bogue tombant au sol et dévalant le terrain vallonné

du Haut Malcantone. Des chèvres se partagent l’herbe clairsemée. Je tends une châtaigne à l’une d’elle. C’est apparemment à son goût puisqu’elle se met à me suivre. Je lui en donne encore quelques unes avant de me diriger vers l’un des panneaux explicatifs du parcours. On y apprend qu’il ne faut jamais gauler les arbres pour faire tomber les bogues. Cette action blesse en effet le bois. Il est préférable de se contenter des fruits jonchant le sol.


A l’ancienne

Entre Mugena et Vezio, on découvre une ancienne grà. Cette petite maison en pierre était destinée autrefois à sécher les châtaignes afin de les conserver plus longtemps. Construite sur une pente, le dénivelé permettait d’y installer deux étages. La pièce du bas servait de foyer. A l’étage supérieur, les graines étaient éparpillées et exposées sur des claies. Le feu était alimenté trois semaines durant. En Suisse, avant l’arrivée du maïs et de la pomme de terre, la châtaigne était surnommée le «pain du pauvre» dans les régions productrices comme le Tessin. Aliment salvateur, il a permis aux populations rurales d’éviter la disette. Transformée en farine pour confectionner du pain ou servie en soupe, la châtaigne est en effet très nourrissante car riche en glucides.

 

A quelques pas du grà, un promeneur s’enquiert de ma récolte. Il m’avoue que la sienne n’est pas aussi abondante que par le passé. Utilisant une technique plus expéditive que la mienne, il écrase la bogue du pied. A retenir pour ma pro-chaine cueillette! J’emprunte le sentier redescendant vers le hameau de Vezio. Je presse le pas pour attraper le car postal menant à Arosio.


Saveurs automnales

Impatiente de goûter ces châtaignes qui m’ont fait de l’oeil tout l’après-midi, je rejoins la table d’Alessandro Boleso, à Lugano. A la Villa Castagnola, le chef sublime la précieuse graine dans un risoto agrémenté de figues, mariant terroir et saisonalité. Aliment de base de nos aïeux, la châtaigne a retrouvé ses lettres de noblesse, devenant un ingrédient raffiné: «Sa texture onctueuse et sa légère douceur en font un ingrédient intéressant pour les créations culinaires.», commente Alessandro Boleso. Sur son chemin ou dans l’assiette, la châtaigne sait bel et bien ravir nos automnes.•


Ce reportage a été réalisé grâce à l’invitation du Grand Hotel Villa Castagnola.

septembre 2025







 
 
 

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